Envoi de militaires sénégalais au Yémen…Onanisme diplomatique ou mercenariat ?

« La vérité est si obscurcie en ces temps et le mensonge si établi qu’à moins d’aimer la vérité on ne saurait la reconnaître. » Blaise Pascal

La gouvernance sobre et vertueuse a-t-elle donc fait long feu ? Macky prétend qu’il sait s’arrêter quand il voit que ses politiques ne marchent pas ! Ainsi s’est justifié notre président suite à sa décision de revenir sur sa politique consistant à exiger le visa aux européens. Ayant constaté que le tourisme sénégalais est plombé par cette décision prise sous le prétexte d’une logique de la réciprocité que certains laudateurs avait présentée comme une décision héroïque, il est revenu sur sa « vision » qui ressemble plutôt à une vue de l’esprit. Or l’on se rappelle encore la façon déloyale et féroce par laquelle il avait promptement abrogé et commenté la décision de son prédécesseur de demander à l’armée française de quitter notre pays. Macky Sall avait tout bonnement considéré que la décision de son prédécesseur relevait d’un nationalisme mal placé ! Le même monsieur qui pensait cela vient prendre, de façon émotive, une décision d’imposer des visas d’entrée aux européens et ce n’est pas du nationalisme mal placé ! Cela veut dire que dans l’esprit du président les actes et les intensions n’ont aucune objectivité : leur sens et leur portée dépendent des personnes et de leur position. La ressemblance à la logique du sophiste est frappante : « à chacun sa vérité », car tant qu’on peut parler et persuader, aucune limite morale ni logique ne saurait être opposée. Et c’est le même président qui cherche désespérément à nous embarquer dans son aventure d’envoyer des soldats sénégalais en Arabie Saoudite. Ce n’est pas pour aller faire la guerre au Yémen dit-on, c’est plutôt l’Arabie saoudite qu’il s’agit de protéger alors que paradoxalement ce pays se sent suffisamment fort pour aller imposer sa paix et sa politique à un autre pays souverain. Et on mobilise le commandement lui-même pour qu’il donne des assurances sur l’absence de risque pour notre pays ! Si ce n’est pas un argument tiré par les cheveux, ça doit être une éminente leçon de la diplomatie de l’autruche. Puisque le tapage médiatique n’a pas suffi, il fallait que la parole sacrée de l’armée vienne clamer les ardeurs des citoyens récalcitrants et étouffer ainsi la parole profane du civil. Voilà donc la forme de gouvernance à laquelle nous sommes assujettis depuis l’avènement de Macky Sall et c’est ça la gouvernance sobre et vertueuse. Mais comme le disait François Rabelais, le temps est père de vérité, nous dans un monde tellement médiatisé que les mensonges locaux deviennent mondiaux. Le Pakistan, mieux armé que le Sénégal avait été sollicité dans les mêmes conditions, mais sous la pression de l’opinion publique locale, il a décliné l’offre. Pire, des pays plus liés sur le plan stratégique à l’Arabie Saoudite, ont refusé de participer à cette opération. Macky peut couvrir le Sénégal d’un voile d’affabulations médiatiques, mais il ne pourra jamais contrôler les médias du monde.
Alassane K. KITANE, professeur au Lycée Serigne Ahmadou Ndack Seck de Thiès