Edito du mardi…Liberté ou déception permanente…(Par Elimane Wane)

« Tout pouvoir sur nous part de nous » Qui cherche trouve.

Tel le médecin que je ne suis pas, je viens vous prescrire une posture. Cette posture dépasse le régime de tel ou de tel qui en réalité n’est que de passage, elle est la posture à adopter en tout temps. Cette posture est celle qui empêcherait le diable de gouverner le Sénégal comme il veut s’il était à la tête de notre pays tellement un vent froid mais juste soufflerait dans la nation. Les hommes élus iraient au palais toujours avec le sourire de l’homme satisfait et glorieux mais aussi avec la peur en bandoulière. Non pas la peur de la violence mais la peur d’être jugé par des amoureux de la liberté. Ils ne cessent jamais.

C’est un désir qui nait en général chez les femmes et les hommes jeunes, pour différentes raisons, mais surtout car les autres ont trop souvent 20 ans de trop pour prendre des risques, nous dire ce qu’il faut faire ou bien trop bien établis pour interroger qui que ce soit sur quoi que ce soit. C’est pourquoi ce texte s’adresse à la jeunesse.

Si on observe les processus historiques occidentaux depuis l’antiquité gréco-romaine, qui est la matrice originelle de toute la philosophie politique occidentale, jusqu’aux temps modernes en passant par le moyen-âge, on se rend compte d’une chose : la vérité se cache dans la pensée de l’histoire.

Je vais anticiper et dire à mes semblables que ce sujet nous concerne tout autant et peut être posé de la même manière depuis que nos constitutions, celles-là même qui sous tendent notre contrat de société nous font entrer dans les temps modernes en installant des régimes d’essence républicaines d’inspiration occidentale. Républiques dont les origines sont incontestablement gréco-romaines. Bien que j‘ai un avis tranché sur la question, je ne cherche pas à travers cet écrit à dire si les médiations qui s’imposent ont été utilisées. Je ne cherche pas plus à juger du bien fondé ou du mal fondé, je constate.

 

Cette idée profonde qui est en pointillait dans notre histoire et qui nous est révélée parfois contre leur propre volonté par des penseurs de l’histoire comme Hegel, Marx ou d’autres héritiers de Rousseau est celle ci : La liberté, son désir, est le moteur du progrès, elle est la mère des sauts qualitatifs moraux, sociaux, humains devant l’histoire. Ces penseurs de la troisième voie pour être rapide, en opposition aux penseurs du « divin », de la scolastique (dont il ne reste d’ailleurs plus grand chose) et aux penseurs de la nature (l’homme est un animal complexe qui est surdéterminé par sa condition) livrent bien plus de clefs de compréhension de ce qui relève de « l’avancée ».

Je veux parler de ce désir ardent de liberté qui permit à Arminius de vaincre Rome à Tautebourg au tout début du 1er siècle contre toute attente.

Je parle de ce désir non négociable de liberté qui habitait les plus grands comme Samory Touré, Cheikh Ahmadou Bamba, Cheikh Omar Foutiyou Tall lorsque fiers de leur liberté ils défièrent l’occupant qui malgré ses forces fut touché car animé par d’autres sentiments. Ces hommes « sachant intégraux » savaient et enseignaient le fait que l’islam consacre la liberté individuelle et balaie l’esclavage et tout autre forme de domination illégitime.

Je parle de ce désir de liberté qui un jour de 1757 donna une telle force au souverain germain Frederic 2 qu’il allât « se promener victorieux à Rossbach », là où la mort et l’humiliation lui étaient promises.

Je parle de cette mère liberté qui conduit, en Italie, des hommes à braver tous les dangers juste pour être libres de peindre, d’écrire, de chanter et par conséquent de produire la Renaissance italienne du 16ème siècle qui eu un impact tel que les secousses de ce tremblement d’esprit, nous pouvons les ressentir aujourd’hui à milliers de kilomètres de la toscane et des siècles de cette époque. Je parle de cette même envie transcendante qui poussa Luther du saint empire romain germanique à vulgariser la Bible au 16ème siècle. Cette force similairement étrange qui permit à une poignée d’hommes libres de fonder les Etats-Unis d’Amérique.

Ce désir qui bien plus récemment par le temps, mais de manière identique par l’esprit, souleva le peuple burkinabè comme un seul homme, le balai citoyen à la main et le Y EN A MARRE à la bouche comme à leurs côtés, Thiat et FOU comprendront.

Cette liberté qui donna de telles ailes à Copernic qu’il trouva le courage et la force d’infliger à l’Homme sa première grande blessure narcissique. Il le fit grâce et au nom de la liberté.

C’est encore elle qui guida Thomas Sankara lorsqu’il entreprit sa très noble mission. Même si avec du recul nous savons bien que les moyens utilisés pour ce faire étaient paradoxaux au vu de la fin espérée, nul ne peut remettre en cause la sincérité de l’Homme et son amour pour la liberté.

C’est également elle, inconsciemment et dans une moindre mesure, qui bouta le Président WADE hors du palais.

 

Oui, c’est bien la liberté et l’audace de certains marchands souvent italiens qui produit ce qu’elle produit au fil de l’histoire jusqu’à avoir raison des royautés et des absolutismes. Elle est bien la mère des valeurs, celle sans qui jamais nulle part nous n’aurions entendu parler de sentiment d’appartenance à une nation. Le concept de nation et d’unité partout est fille de la liberté. Certes, elle a partout fini par être récupérée par l’autoritarisme et la réaction mais jamais cette dernière n’en a été à l’origine et elle le sait pertinemment. Pour reprendre l’illustration classique qui sied à ce sujet, évoquons le sentiment d’appartenance à la nation française voit le jour entre le 14 juillet 1789 place de la bastille et le 14 juillet 1790 sur le champ de mars à la fête de la confédération. L’affaire « Boulanger » à la fin du 19ème siècle vient traumatiser les républicains et permet la bascule qui fit passer la protection de la nation entre les mains de ceux qui n’ont jamais désiré son émergence.

 

Aimez tout ce qui mène à la liberté. Aimez les arts, les lettres, les sciences. Aimez comprendre, connaître car c’est la condition sinequanone de l’accès à la liberté. Certains méprisent la culture et célèbrent l’argent, c’est pour vous distraire dans le meilleur des cas, l’expression de leur profonde bêtise au pire. La preuve en est qu’à partir du moment où ils possèdent l’argent avant la culture ils courent se cultiver car ils se rendent compte à ce moment la que l’argent n’est rien une fois sorti de sa condition d’éternel moyen. Le capital financier est un non sens sans le capital culturel et social. Toutes les grandes luttes partent d’un fait social mais la pierre angulaire de leurs convergences est la liberté.

Aimez la liberté et soyez dans son sillon en permanence car tant que vous vous y tiendrez, vous interrogerez vos gouvernants tant sur leur légitimité que sur leur moralité. Aimez la car au bout du chemin elle interroge l’égalité et emmène la question sociale dans toute sa splendeur lorsqu’elle est traitée sérieusement.

Nous sommes libres d’interroger les pouvoirs sur la redistribution de ce qu’ils nous présentent comme une réussite, à savoir la croissance. La croissance sert-elle à quelque chose ?

Comparons l’évolution du taux de chômage sur la même période. Comparons l’évolution des pouvoirs d’achat. L’évolution de la présence et la qualité du service public primordial (sécurité, santé, éducation).

Devant une situation qui appelle le jugement critique, posez vous toujours la même question : Où est ma liberté ? Où est notre liberté ? et emboitez lui le pas immédiatement. Si on vous intime de choisir entre l’égalité et la liberté, déjouez le piège et optez pour la liberté. On ne peut être réellement égaux sans être tous vraiment libre.

Nous les jeunes ne devons pas avoir peur de perdre car nous ne pouvons pas perdre. La beauté n’est pas dans la victoire mais dans l’espoir de la victoire c’est ce que Michel-Ange nous apprend lorsqu’il se dispute avec Leonard de Vinci la confection d’une statue de marbre sur demande du souverain pontife Alexandre 6 qu’il obtint tant sa réflexion est juste.

ELIMANE M. WANE.

Elimawane@gmail.com

Co-fondateur cabinet conseil NKM & Associés