Dialogue politique…Babacar Gaye : «Si Macky avait l’intention de s’adresser au Pds, il s’est trompé de…»

« Le chef de l’État a tenu un discours de circonstance et d’émotion. On ne peut pas emprisonner Karim Wade, spolier le Pds de son groupe parlementaire et de son député, destituer Aida Mbodj de son poste de président du Conseil départemental de Bambey et prétendre à des états d’âme en passant devant les chantiers aux arrêts du domicile de Me Wade. Je ne puis accorder aucun crédit à une telle conception des relations sociales. Si Macky Sall avait l’intention de s’adresser au Pds, il s’est trompé de lieu et d’interlocuteurs. La politique ne permet pas tout.

Apparemment, il a enfin compris qu’une majorité électorale n’est pas une garantie d’une gouvernance apaisée et d’une démocratie véritable. Depuis l’échec de la traque des biens supposés mal acquis et le rejet du projet de référendum constitutionnel de Macky Sall, beaucoup de voix s’élèvent pour appeler au dialogue en général et aux retrouvailles de la famille libérale en particulier. Tout en gardant le cap qu’il s’est tracé, le Pds ne peut pas rester insensible aux soubresauts de notre société. Seulement, nos ambitions de lui imposer une cohabitation en 2017 et le remplacer à la tête de l’État sont intactes.
Et pour qu’il ait retrouvaille, il faut d’abord que le Président qui est le principal bénéficiaire de la stabilité politique déclare solennellement sa volonté d’engager un dialogue sincère et inclusif, décline clairement le continu du dialogue ainsi que les cibles de son appel. C’est après cela seulement que le Pds examinera, en toute indépendance, l’offre de dialogue avant de donner un avis circonstancié. Même dans l’hypothèse de la tenue d’un dialogue politique qui est consubstantiel à la démocratie, les retrouvailles des libéraux est une autre paire de manches qui pourrait engendrer des conséquences dans l’équilibre du jeu politique. Le Président Macky Sall serait-il dans les dispositions d’en payer le prix ? Je suis encore dubitatif.

Maintenant, pour bien appréhender les enjeux de telles retrouvailles, il me paraît nécessaire d’en cerner d’abord les contours. Le Pds est un parti vieux de 40 ans, qui a un projet politique alternatif au Yoonu Yokkute et un candidat pour le porter,  alors que l’Apr, né de ses flancs, n’est pas encore assez bien structurée pour faire les compromis nécessaires à la paix des braves. Pour certains responsables républicains qui redoutent un retour aux affaires d’éminents cadres du Pds, il est légitime de s’inquiéter des retrouvailles mal préparées qui pourraient leur boucher l’horizon. En tout état de cause, le jeu politique gagnerait à être plus lisible même si une démocratie efficace a besoin de ses deux mamelles : une majorité qui gouverne et une minorité qui s’oppose dans un cadre normé. Ce qui exclut toute compromission sur le dos des Sénégalais. Car les citoyens ont, seuls, droit de vie ou de mort sur les élites et décident de la place qu’ils doivent occuper dans le jeu démocratique. »

Sud