Dialogue politique et comédie…Manœuvre de diversion à un an des Législatives

L’appel au dialogue lancé par le chef de l’état sous fond d’oraison funèbre semble être la saison 2 d’un épisode de théâtre.

En effet , une farce politique de mauvais goût  ne pouvait être plus grotesque et ubuesque que cet appel à des concertations qui ressemble à une manœuvre de diversion  à un peu plus d’une année des élections législatives , et surtout une manière de détourner l’attention des populations sur des sujets cruciaux ,  tels que les APE , ou encore les épineux dossiers de Petrotim et  Arcelor Mittal .

Cet appel aurait trouvé un  sens avant le référendum ,afin d’associer les partis de l’opposition au projet de réforme de la constitution , qui concerne le devenir d’un peuple , et nous éviter le fort taux d’abstention , qui sonne l’hallali et le désaveu d’une certaine classe politique moribonde , comme celle qui est toujours encline à participer à un pseudo dialogue aux relents de petits calculs politiciens .

Si , on a coutume de dire , que le pouvoir gouverne et l’opposition s’oppose , il arrive que dans les grandes démocraties , que le pouvoir et l’opposition se concertent sur des questions hautement stratégiques et viscéralement éprises d’enjeux vitaux et nationaux , et en droite ligne de l’intérêt général  .

On a eu à le constater dernièrement en France, après les attaques terroristes et la proclamation de l’état d’urgence.

Je doute fort que cela soit le cas chez nous, concernant cet appel au dialogue inopportun et infondé , il va sans dire qu’avec la vague de transhumance sans précédent qui sévit , le troupeau de politiciens alimentaires se bouscule déjà au portillon pour dire amen à l’appel foireux,  qui pour en profiter pour se monnayer , et d’autre pour se caser …

 » Bagnï  Demb sou nango rëne pekhëm diouboul  »

Cet appel au dialogue venant du président ne peut pas être sincère , celui qui a proféré  » vouloir réduire l’opposition à sa plus simple expression  » , doit vouloir finir son travail en conviant à des « pourparlers  » , demandez à tous ceux qui ont eu à goûter à la prison pour de simples délits d’opinion .

Il faut être masochiste pour aller à ce rendez- vous qui peut s’apparenter à une fable bien de chez nous :  » Ndiamela käy wouyou sa yaye , sama yaye douma wowë päka  » …

L’appel au dialogue version Ndoumbelane suscite moult interventions et non des moindres , et j’ai eu à lire une proposition faisant de la trame des assises une base de la future concertation , sincèrement je n’arrive pas à décrypter cette invite à  un président qui gouverne depuis quatre années à l’aune des conclusions des assises nationales , dont lui-même avait dit entre les deux tours , tout le bien qu’il en pensait …

En dépit des tentatives ,  sincères ou douteuses de faire dialoguer le pouvoir et l’opposition , il serait plus opportun de mettre en branle le calendrier du processus électoral immédiatement , et nous épargner les multiples entorses rétrogrades pour la démocratie constatées pendant le référendum.

Je vous épargnerai la litanie transgressante des actes posés, en tout mépris du code électoral et du droit le plus élémentaire, et fort heureusement, ce n’était qu’un référendum, si je peux me permettre de m’exprimer ainsi. Cela dit, de tels agissements lors des futures joutes électorales seraient à coup sûr un facteur de déstabilisation du pays avec sa cohorte de périls.

Donc , gouverner un pays requiert  plus de sérieux , et on ne doit pas se permettre une fois de plus  encore de priver du droit de vote ses millions de compatriotes juste sous prétexte de se voir dessiner un résultat favorable à son endroit  .

On peut tromper une partie du peuple un temps, mais on ne peut pas tromper le peuple tout le temps.

En lieu et place d’un appel au dialogue incantatoire , il faut se poser la question pour savoir pourquoi le président n’appelle pas au dialogue avant l’envoi des soldats sénégalais au Yémen ,  quand il signe en catimini les APE , quand il ratifie des accords de défense ou d’occupation en réalité avec la France et les USA , quand il reçoit des prisonniers de Guantanamo , quand il démantèle l’économie pour l’offrir aux étrangers , etc. .

Un dialogue ne pouvait être plus propice, à la suite des aveux impuissants du chef de l’état, sur la modique part de 3% que le Sénégal tire des extractions minières.

Et le président doit savoir contrairement à ce qu’il affirme, que ce n’est pas la faim qui nourrit le terrorisme, mais bel et bien l’injustice. Celle de la mauvaise répartition des richesses, qui creuse les inégalités sociales, et l’accaparement des ressources par des multinationales, comme c’est le cas dans notre cher pays et ailleurs en Afrique.
De nos jours le terrorisme a bon dos , et on trouve des cellules djihadistes sous la coupe de certains services secrets  , ce qui rappelle  à notre souvenir , le terrorisme d’état …

Si , sur des questions aussi complexes qui engagent la nation , il agit seul , à quoi bon un dialogue qui prendrait la forme de petits arrangements entre politiciens au détriment du peuple , quid de la liste des nominés de la CREI …

De quoi faudra -il palabrer ?

De sa  vision économique  et de son modèle inachevé, lui qui ouvre 80% de son marché aux produits de l’UE en signant les APE, avec à la clef une mort annoncée de certaines filières avicoles et agricoles, rejetant du coup toute volonté d’industrialisation …

Pourquoi doit- on accepter ce que l’UE refuse aux USA ?

Faudra-il dialoguer du PSE ?

Du PSE, un plan qui consacre le savoir-faire de la main d’œuvre étrangère et de leurs entreprises, et les autochtones qui ramassent les miettes.

Un PSE, qui fait la part belle aux services, là où il aurait fallu miser en priorité sur un secteur primaire, gage d’un développement endogène.

J’ai compris récemment qu’il existe trois catégories de politiciens au Sénégal, celle qui agit pour sauvegarder son patrimoine, celle qui s’active pour s’éviter les foudres de dame justice, celle qui est à la quête d’espèces sonnantes et trébuchantes.

Et sans nul doute que l’appel au dialogue est taillé sur mesure pour les politiciens de cet acabit.

Néanmoins, il subsiste une catégorie d’homme politique patriote, mais un spécimen rare et en voie de d’extinction et malheureusement,  elle est à la périphérie du centre des décisions.

Le seul dialogue qui vaille, c’est celui que l’on doit tenir avec les populations pour les informer des enjeux des législatives, et la nécessité impérieuse de mettre en place une véritable majorité de rupture au parlement pour sauver le Sénégal.

Cheikh Ahmed Tidiane Sall
Co- fondateur Action pour la Refondation de la République et de la Citoyenneté / ARRC.
Coordinateur Initiative Politique Pour une Alternative au Sénégal / IPAS.