Babacar Gaye, porte-parole du PDS : «…Autre chose à faire que de mettre en danger la vie de 2100 jeunes Sénégalais»

« L’argument de la protection de Médine et de la Mecque, évoqué par le gouvernement pour justifier l’envoi de 2100 soldats sénégalais en Arabie saoudite, est un raccourci diplomatique. Le jeu géostratégique qui se déroule au Moyen Orient est beaucoup plus complexe que la protection des Lieux saints de l’Islam. Au Yémen se déroule une guerre civile avec une minorité chiite qui occupait une partie de ce territoire yéménite depuis plusieurs milliers d’années. Ces chiites ont pu, par leur entregent politique, géré le pays avec le président Ali Abdallah Saleh. Si aujourd’hui, après la rébellion des Sunnites qui a abouti au renversement du président Saleh, on peut valablement considérer que, par le jeu de ping-pong, Sunnites et Chiites se battent, qu’est-ce que le Sénégal a à faire dans ce combat qui intéresse plus l’Arabie Saoudite et l’Iran que la communauté islamique. D’autant plus que les Américains, membres de la coalition formée autour de l’Arabie Saoudite, ont retiré leurs troupes des territoires yéménites.
A l’heure actuelle, seul le Sénégal a décidé d’envoyer des hommes sur le terrain des combats. Il y a un risque certain pour nos soldats qui vont affronter les guerriers houthis, habitués à ces types de combats. Mieux, le Pakistan, aux dernières nouvelles, aurait refusé l’offre financière de l’Arabie saoudite pour impliquer ses soldats sur le terrain des combats au sol. Qu’est-ce que nous allons gagner ? Quel est le montant de la transaction diplomatique ? Je pense que le président de la République et son gouvernement devraient être beaucoup plus explicites pour dire la vérité aux Sénégalais d’abord sur la nature des relations que nous avons avec l’Arabie saoudite sur cette question. Il y a une série de questions qui nécessite des réponses très claires. Car, à l’heure actuelle, le Sénégal, malgré sa volonté de participer à la coalition mondiale contre le terrorisme devrait se hâter lentement et éviter d’exposer nos soldats, d’exposer notre État face à cette recrudescence du terrorisme au plan international. Eu égard à ce qui s’est passé au Kenya et ailleurs dans des pays impliqués dans la lutte contre le terrorisme. Ce qui est cocasse et qu’il faut souligner, c’est notre inconscience par rapport à la crise qui se déroule au Nigéria avec Boko Haram et au Mali mais aussi pour tous les théâtres de conflit en Afrique où des États, comme l’Arabie Saoudite musulmane en grande majorité, sont impliqués dans des conflits interethniques ou interreligieux. J’estime qu’il y avait autre chose à faire que de mettre en danger la vie de 2100 jeunes Sénégalais. »