Attention ! Du Diesel toxique vendu au Sénégal…Shell, Addax, Oryx et Vitol indexés

La nouvelle a fait l’effet d’un coup de marteau sur la tête des citoyens ce jeudi, quand ils se sont réveillés avec l’info scandale publiée par l’Ong Publiceye. Dans une enquête minutieuse de trois ans, nos confrères ont mis à nu l’un des scandales les plus sordides de l’année. Des acteurs et pas des moindres du monde fermé du business du pétrole ont installé une véritable « industrie » destructrice de la santé des africains sans coup férir. L’enquête menée avec professionnalisme et discrétion a malheureusement touché notre pays qui, avec sept autres, est l’une des victimes de ce trafic de carburants nuisibles à la santé des populations.
Au Sénégal, Vivo energy (Shell), Addax, Oryx et Vitol fournissent ce carburant dangereux. Notre pays occupe la deuxième place du classement des pays où les carburants vendus par ces sociétés sont les plus nocifs. Les échantillons prélevés au Sénégal sont même jugés « neurotoxiques », c’est-à-dire extrêmement dangereux pour la santé.
Dans ce premier jet, Dakaractu vous livre les résultats de l’enquête « dirty diesel » consacré en partie au Sénégal. Et pour vous faire votre propre opinion, nous publions le rapport de l’enquête dans son intégralité

« Quatre entreprises, huit pays, un même constat : les carburants livrés par les négociants suisses en Afrique sont dangereux et nocifs pour la santé

Après l’Angola, nous avons procédé de la même façon dans sept autres pays (Bénin, Congo-Brazzaville, Côte d’Ivoire, Ghana, Mali, Sénégal, Zambie), en nous concentrant sur quatre négociants suisses, tous propriétaires de réseaux de stations-service en Afrique : Trafigura et son félin Puma Energy ; Vitol et son enseigne Shell pilotée par le consortium Vivo Energy ; Addax & Oryx Group et sa branche aval Oryx Energies, fondés par Jean Claude Gandur ; enfin, Lynx Energy, un autre chat sauvage opérant au Congo sous la marque X-Oil – ça ne s’invente pas. Au total, quelque 25 échantillons de diesel et 22 d’essence ont été analysés (voir graphique page 13). Si ce nombre est trop faible pour tirer des conclusions générales, il constitue néanmoins un aperçu significatif, vu la diversité des pays et des sociétés examinées. Nos analyses sont en outre corroborées par une étude détaillée que nous avons consacrée au Ghana ainsi que par des données statistiques recueillies aux Pays-Bas et en Belgique, deux pays qui fournissent une part substantielle des carburants importés en Afrique de l’Ouest. « Ah, d’Afrique… » Quant aux paramètres, nous nous sommes concentrés sur l’analyse des substances les plus nocives, soit le soufre, les composés aromatiques, le benzène (essence) et certains métaux comme le manganèse (essence). Ce que nous avons récolté, notamment au Ghana et au Bénin, a stupéfié le responsable du laboratoire de renommée mondiale mandaté pour analyser ces échantillons, qui ignorait tout de notre démarche et de la provenance des carburants : « Je n’ai jamais vu ça. C’est extrême. Vous avez trouvé ça dans une station-service ? D’où est-ce que ça peut venir ? Ah, d’Afrique… ». En matière de soufre, les deux-tiers de nos échantillons dépassent 1500 ppm (parties par million), soit 150 fois la limite autorisée en Europe. Aucun de nos échantillons n’aurait sa place dans une station-service située entre Lisbonne et Varsovie… « C’est spectaculaire. On ne voit plus de tels niveaux depuis longtemps », a encore commenté le chimiste, à la fois perplexe et enthousiaste. Dans certains pays, en particulier au Bénin, en Côte d’Ivoire et au Ghana, nos résultats montrent que les taux de soufre sont très proches des limites en vigueur. Cela ne doit rien au hasard, mais illustre une stratégie consistant à coller au plus près du seuil autorisé. Nos analyses ont aussi permis de détecter d’autres substances nocives pour la santé à des doses inquiétantes. Près des trois quarts de nos échantillons contiennent une teneur en benzène, classé cancérogène avéré pour l’homme, supérieure à 1% du volume, le seuil « Vous avez trouvé ça dans une station-service ? » Quatre entreprises, huit pays, un même constat : les carburants livrés par les négociants suisses en Afrique sont dangereux et nocifs pour la santé. quatre mois plus tard, lorsque la compagnie à qui nous avons confié le soin de les acheminer jusqu’au laboratoire européen pour analyse obtiendra enfin l’autorisation d’exporter des nombreux ministères – plus ou moins – compétents. Les résultats de ce premier voyage nous incitent à continuer: les carburants importés par Trafigura et vendus par Pumangol sont nocifs pour la santé. Ils ne pourraient en aucun cas être commercialisés en Europe. • Sur les quatre échantillons prélevés, au Sénégal et en Côte d’Ivoire, tous contenaient du MMT, à base de manganèse, un métal neurotoxique. Après l’Angola, nous avons procédé de la même façon dans sept autres pays (Bénin, Congo-Brazzaville, Côte d’Ivoire, Ghana, Mali, Sénégal, Zambie), en nous concentrant sur quatre négociants suisses, tous propriétaires de réseaux de stations-service en Afrique : Trafigura et son félin Puma Energy ; Vitol et son enseigne Shell pilotée par le consortium Vivo Energy ; Addax & Oryx Group et sa branche aval Oryx Energies, fondés par Jean Claude Gandur; enfin, Lynx Energy, un autre chat sauvage opérant au Congo sous la marque X-Oil – ça ne s’invente pas. Au total, quelque 25 échantillons de diesel et 22 d’essence ont été analysés (voir graphique page 13). Si ce nombre est trop faible pour tirer des conclusions générales, il constitue néanmoins un aperçu significatif, vu la diversité des pays et des sociétés examinées. Nos analyses sont en outre corroborées par une étude détaillée que nous avons consacrée au Ghana ainsi que par des données statistiques recueillies aux Pays-Bas et en Belgique, deux pays qui fournissent une part substantielle des carburants importés en Afrique de l’Ouest. « Ah, d’Afrique… » Quant aux paramètres, nous nous sommes concentrés sur l’analyse des substances les plus nocives, soit le soufre, les composés aromatiques, le benzène (essence) et certains métaux comme le manganèse (essence). Ce que nous avons récolté, notamment au Ghana et au Bénin, a stupéfié le responsable du laboratoire de renommée mondiale mandaté pour analyser ces échantillons, qui ignorait tout de notre démarche et de la provenance des carburants : « Je n’ai jamais vu ça. C’est extrême. Vous avez trouvé ça dans une station-service ? D’où est-ce que ça peut venir? Ah, d’Afrique… ». En matière de soufre, les deux-tiers de nos échantillons dépassent 1500 ppm (parties par million), soit 150 fois la limite autorisée en Europe. Aucun de nos échantillons n’aurait sa place dans une station-service située entre Lisbonne et Varsovie… « C’est spectaculaire. On ne voit plus de tels niveaux depuis longtemps », a encore commenté le chimiste, à la fois perplexe et enthousiaste. Dans certains pays, en particulier au Bénin, en Côte d’Ivoire et au Ghana, nos résultats montrent que les taux de soufre sont très proches des limites en vigueur. Cela ne doit rien au hasard, mais illustre une stratégie consistant à coller au plus près du seuil autorisé. Nos analyses ont aussi permis de détecter d’autres substances nocives pour la santé à des doses inquiétantes. Près des trois quarts de nos échantillons contiennent une teneur en benzène, classé cancérogène avéré pour l’homme, supérieure à 1% du volume, le seuil «Vous avez trouvé ça dans une station-service ? » Quatre entreprises, huit pays, un même constat: les carburants livrés par les négociants suisses en Afrique sont dangereux et nocifs pour la santé. Sur les quatre échantillons prélevés, au Sénégal et en Côte d’Ivoire, tous contenaient du MMT, à base de manganèse, un métal neurotoxique.

La teneur en soufre des échantillons de diesel analysés était jusqu’à 630 fois supérieure aux valeurs européennes moyennes et 378 fois à la limite autorisée en Europe. . Nous avons aussi trouvé dans l’essence un additif utilisé comme substitut du plomb, le MMT, à base de manganèse, un métal neurotoxique. Sur les quatre échantillons prélevés, au Sénégal et en Côte d’Ivoire, tous contenaient du MMT. « D’excellente qualité » ? Pas vraiment… Pourtant, à lire les déclarations des négociants, leurs produits sont formidables. En mai, le patron d’Oryx, Jean Claude Gandur, qui s’est ainsi rendu à Bamako pour inaugurer 16 nouvelles stations-service, n’a pas caché sa fierté dans L’Agefi : le « développement de notre réseau de détail au Mali (…) nous permet de fournir des carburants (…) d’excellente qualité ». Nos tests le contredisent, puisqu’au Mali, Oryx a remporté, parmi nos 47 échantillons, la palme avec son diesel comportant une teneur de 3780 ppm ! Autrement dit, 378 fois plus que la limite autorisée à Malte, où M. Gandur est officiellement domicilié, ou à Genève, siège de ses sociétés. Puma Energy et Vivo Energy font, eux aussi, l’apologie de leurs produits. Sur son site Internet, Trafigura prétend ainsi fournir, en Afrique, « des carburants de grande qualité à bas prix ». L’analyse des échantillons révèle une vérité moins glorieuse : la « qualité africaine » vendue par les négociants suisses n’a rien de grande. Elle est toxique. •