Aliou, ventre mou de Macky Sall

Comme enlacé dans un inextricable filet, le gouvernement et le Président Sall peinent à apporter les éclairages que les Sénégalais attendent sur les conditions d’attribution des contrats pétroliers et gaziers à Petro-Tim

Les évolutions itératives de ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Petro-Tim plonge le président Macky Sall et son gouvernement dans ce qu’on pourrait bien considérer comme une communication paradoxale. Autrement dit, il s’agit d’une situation inconfortable et compulsive dans laquelle, tout ce que le gouvernement dit se retourne contre lui.

Comme enlacé dans un inextricable filet, le gouvernement et le Président Sall peinent à apporter les éclairages que les Sénégalais attendent sur les conditions d’attribution des contrats pétroliers et gaziers à Petro-Tim. Et encore moins les retombées financières et fiscales des cessions d’actions, de parts, de transfert de responsabilités entre, Petro-Tim (dont le gérant actuel ou passé n’est autre Aliou Sall frère cadet du Président Sall), Cosmos, Timis Corporation. Et qui d’autres encore ?

Les révélations à répétition faites par Ousmane Sonko, le leader du Parti Pasteef, combinées à celles de l’ancien Premier ministre Abdoul Mbaye, patron de l’ACT, relayées avec dextérité par l’influent, coordonnateur du Forum Civil, Birahim Seck, n’en finissent pas de gêner aux entournures, un gouvernement en grande difficulté avec son image. La sortie tonitruante du journaliste Adama Gaye, spécialiste en relations internationales et grand connaisseur des questions pétrolières, assombrit un tableau déjà si noir d’accusations de prises illégales d’intérêt, de concussions, de fraudes fiscales et de partages de rétro-commissions.

Faut-il encore rappeler qu’on en est qu’au stade d’accusations. Et qu’aucune preuve matérielle n’est pas venue étayer ce flot de mises en cause, tout de même graves. Et ce n’est certainement pas en brandissant des sanctions pénales que le gouvernement contribuera à la manifestation de la vérité.

En mobilisant jusqu’ici vainement, le ban et l’arrière-ban du gouvernement et de l’APR, pour contrarier la logique accusatoire de l’opposition et de la société civile, le Président de la République se retrouve comme le dernier rempart d’une ligne de défense fortement ébranlée. S’il persiste à maintenir le silence sur ce dossier sensible, il accentue l’inconfort du gouvernement et de la majorité.

Et s’il s’y exprime, il donnera l’amer sentiment d’aller à la rescousse de son frère Aliou, empêtré dans cette nébuleuse affaire. Et de toute manière, qu’est-ce le Président Sall pourra dire de plus qui n’ait été déjà dit par les ministres de l’énergie et des mines, de l’économie et des finances, le Secrétaire général du gouvernement, le Premier ministre et son frère Aliou, nœud gordien du problème ?

Toutes les têtes de gondoles du gouvernement et de l’APR y ont jeté leur grain avec comme désastreux résultat, d’accentuer l’imbroglio. Une telle cacophonie a même fait apparaître des non-dits et des contradictions. L’argumentaire mal servi, est resté, pour l’essentiel fondé sur des explications « préfabriquées », procédurières et rébarbatives. Les seules réponses élaborées sont à trouver dans la contribution du Secrétaire général du gouvernement, Abdoul Latif Coulibaly.

Mais par honnêteté intellectuelle, l’ancien porte-parole du gouvernement a centré sa réflexion sur le caractère non imposable des transactions pétrolières pendant les phases de recherches et de cession des actions. Les contre-arguments apportés le teigneux Ousmane Sonko, donnent à penser que le débat relève avant de tout du droit fiscal et de son incroyable complexité.

Faudrait-il des éclairages de spécialistes, pour départager Latif et Sonko sur une des questions les plus cruciales du dossier, les conséquences financières et fiscales d’une imposition de 200 milliards FCFA, pouvant rapporter un vrai pactole à notre trésor public.

Et par ricochet, nous donner des idées sur l’ampleur d’une éventuelle fraude et le montant sans doute faramineux des rétro-commissions supposées versées et perçues ? Par qui ? Toute la centralité de cette affaire se trouverait là. Mais où commence et où s’arrête ce que Aliou Sall appelle avec un brin de sincérité, cette vue de l’esprit en, forme de fiction, puisque lui-même martèle, en jurant de tous les Dieux n’avoir touché aucun rotin.

Il faut tout de même, reconnaître que derrière l’apparente arrogance d’Aliou Sall, transfuse une perceptible sincérité. A un tel point que par moment, on pouvait penser que le hasard de la fratrie avait fait que le cadet du Président, n’y était qu’au mauvais moment et au mauvais endroit. Simple hasard alors ? Où un hasard biologique qui finit par un délit d’initié ?

Pour avoir observé un pesant silence sur l’implication d’Aliou Sall frère du Président, Latif a esquivé la charge émotive et sans doute, subjective de l’affaire. Il n’a ni enfoncé, ni défendu le frangin du Président. Il s’est limité et dire et interprété le droit. Or, en excellent communicateur Abdoul Latif sait mieux que quiconque, que la focalisation sur Aliou Sall, fait du Maire de Guédiawaye, le maillon faible de l’argumentaire officiel et le ventre mou de l’image présidentielle.

L’image, c’est l’ensemble des représentations que des cibles externes, ont d’une personne, d’une institution ou d’un produit. On dit bien représentation, c’est-à-dire, une tenace perception, qui donne à son auteur une sensation de vérité. L’image forge l’esprit et crée une mentalité finale dont on dit qu’elle une prison longue durée de laquelle son auteur ne peut sortir facilement.

Tel est à vrai dire, et peut-être à son corps défendant, le cercle vicieux dans lequel est enfermé le Président Sall. Frappant paradoxe, Macky Sall a été élu, pour restaurer l’éthique et la bonne gouvernance vertueuse. Il se trouve aujourd’hui pris dans la tourmente d’une répugnante sensation de connexion entre les familles et les affaires.

Comment peut-on oublier que le Président Sall a été choisi pour nettoyer les écuries d’Augias dans lesquelles s’étaient entassées et enkystées douze années de dérives familiaro-affairistes. Que n’aurait-il pas dû faire pour éviter ce piège « naturel », qui peut enserrer n’importe quel dirigeant dans la terrible pression familiale face aux aubades de l’état ? La tentation de faire profiter sa famille des lambris dorés du pouvoir est très forte et souvent irrésistible. Sans garde-fou et sans caractère trempé, le risque de tomber dans ce travers est toujours prégnant.

Que peut faire un président dans une pareille situation de communication paradoxale ? Prendre des mesures symboliques fortes, en marquant ses distances dans une affaire ténébreusement commencée avant son mandat ? Par exemple, désigner une autorité indépendante ou une commission d’enquête parlementaire, pour exploiter les rapports de l’IGE, et se donner tous les moyens de percer les mystères du dossier ? Limiter progressivement l’implication des membres de ses familles dans la gouvernance du pays en général ? Et surtout faire en sorte que son frère Aliou Sall, centre de gravité de cette affaire, en soit le plus éloigné.

Le Président Sall a eu le bon réflexe de commanditer un rapport de l’IGE sur l’affaire des contrats de Petro-Tim, de créer l’OFNAC qui a déjà engagé une procédure de saisine du Procureur. Il faut tirer toutes les leçons de délitement supposé ou réel, pour crédibiliser le choix de l’éthique et de la gouvernance vertueuse. Pour avoir fait de la reddition des comptes, une demande sociale, il n’a pas d’autre choix que de donner corps à sa promesse.

Le satisfécit que vient de délivrer le FMI sur les bonnes tenues de l’économie sénégalaises et singulièrement du PSE, pourrait s’avérer vain, si le volet éthique de sa politique devait continuer de souffrir de l’affaire Petro-Tim.

Par Momer Seyni Ndiaye de Seneplus

mndiaye@seneplus.com