Abdoul Mbaye et l’opposition…Il doit régler ses problèmes avec le PDS, Idy et Malick Gakou

Le leader de l’Alliance pour la citoyenneté et le travail (Act) ne compte pas sur les «politiciens professionnels» pour conquérir le pouvoir. Pour battre Macky Sall. Pourtant, Abdoul Mbaye ne peut ignorer le poids de l’opposition aussi bien pour les Législatives que pour la Présidentielle. Il lui faudra d’abord régler ses contentieux avec le Pds, Idrissa Seck et Malick Gackou.

Abdoul Mbaye entend se peser dans la balance. Mais dans ce ring politique, quelle peut être sa catégorie entre poids lourds, poids légers et poids plume ? Apolitique dans son identité, il devient politique par son Alliance pour la citoyenneté et le travail (Act). Dans ce monde où la réalité ne dicte plus les échappées solitaires, l’ancien Premier ministre devra alors, même s’il dit compter sur les citoyens sans parti politique, se résoudre à faire avec les «politiciens professionnels» dont il a fait le procès. L’expérience des candidats indépendants comme Mame Adama Guèye en 2007, «vendeur» de la transparence et de la bonne gouvernance, celle de Ibrahima Fall en 2012 «promoteur» de la compétence onusienne, ont finalement été une désillusion. Le discours contre les «politiciens discrédités» peut être valable pour l’intelligentsia, mais comme Wade y croyait foncièrement, «les intellectuels ne sont pas nombreux et ce ne sont pas eux qui élisent». Abdoul Mbaye s’adresse à «(ses) chers compatriotes», style propre à un message à la Nation. A aucun moment il ne fait appel à un seul leader politique de l’opposition et, vraisemblablement, il ira aux Légis­latives en coalition, mais seulement avec des mouvements non affiliés. Mais Mbaye fait un clin d’œil à l’Afp, au Ps et autres, en rejoignant la Social-démocratie. Si les idéologies existent encore !

Faux départ ?
La faiblesse du banquier, c’est qu’il n’a pas dans son entreprise suffisamment d’actions pour prétendre avoir un bon départ. Nombreux sont ceux qui, pour avoir eu l’insigne prestige d’être dans les arcanes du pouvoir, ont su compter sur des fidèles. Idrissa Seck, alors directeur de Cabinet de Wade et numéro 2 du Pds, a maillé un peu l’Admi­nistration et les institutions par ses hommes (le groupe des 12 députés et des ministres). Ce sont ceux-là qui l’ont accompagné ou rejoint dans l’opposition. Macky Sall, Premier ministre, plus tard président de l’Assemblée nationale, a «investi» dans ses différents cabinets ses hommes (Cissé Lô, Mbaye Ndiaye et autres) pour les récupérer après. Tanor, l’homme fort du régime socialiste, a placé son cercle dans les gouvernements de Diouf. Ce sont les mêmes – ou presque – qui le suivent jusqu’ici au Parti socialiste. En 1998, Djibo Leyti Kâ n’a pas seulement obtenu ses 11 députés. Il a aussi grignoté une masse de frustrés, sonnant ainsi le début de la fin d’un régime. Moustapha Niasse, avec son appel du 16 juin 1999, n’avait rejoint le banc que pour accélérer le changement, et avec des personnalités politiques connues. Le plus récent, c’est Malick Gackou qui a quitté l’Afp, avec armes et bagages, et même en recrutant des dinosaures comme Mata Sy Diallo.
Le bémol, c’est que Mbaye, lui, n’a pas été militant de l’Apr et, officiellement, d’un quelconque parti. Peut-être n’avait-il jamais une seule fois pensé qu’il en aurait besoin. La politique, c’est aussi comme le compte épargne : On l’alimente et, le jour où on en aura besoin, on récupère tout. Si tous n’ont jamais pris le pouvoir, ils ont au moins affaibli des pouvoirs ou des partis. C’est ce capital nécessaire pour la création d’une entreprise politique qui manque à Abdoul Mbaye. L’on espérait voir dans les premières rangées de la salle du Terrou-bi, lors du lancement de l’Act, des hommes politiques de grande envergure, à même de faire trembler Macky Sall, mais point de visages habitués aux yeux des Sénégalais. A moins que Abdoul Mbaye ne cache son jeu, ses hommes et sa stratégie ? Il est cependant évident que l’homme, par ses chéquiers, peut faire peur. Mais ce ne serait pas dans le champ de «rupture» qu’il veut cultiver. Sans doute, Abdoul Mbaye ne peut être si naïf au point de ne pas se rapprocher de l’opposition. Mais avec quel opposant ? La politique étant aussi, parfois, la rencontre des contraires, des ennemis, il peut miser sur une coalition avec les adversaires de Macky Sall. Seulement, il traîne encore des contentieux avec les plus représentatifs.

Pds : La motion de censure
Avec le Parti démocratique sénégalais (Pds), ses chances sont presque nulles puisque la traque de certains de ses responsables a été une des priorités de son gouvernement. Même si c’est la politique du Président Macky Sall. Et les Libéraux, de leur côté, avaient tenté de le destituer avec leur motion de censure en le mettant dans le lot de ceux qui sont accusés d’enrichissement illicite avec l’argent de Habré.

Idrissa Seck et le «simple banquier»
C’est une histoire de diplômes et on dirait d’ego entre Mbaye et Seck. Le leader de Rewmi ne voit pas qu’«un simple banquier», (simple) ancien étudiant de Hec Paris, puisse développer l’économie du pays. Et Mbaye assimile cette attaque à un «aigri» qui a «tenté d’entrer» là où il est sorti. C’est là un contentieux politique à régler. Mais lorsque les ennemis Seck et Wade se retrouvent dans une coalition électorale aux Locales de 2014 ou au référendum du 20 mars dernier, c’est que tout est question de réalisme politique. Mais qui sait si la logique du «tous contre Macky» en 2017 et 2019 ne pourrait pas donner le résultat du «tous contre Wade» en 2012 ?

La démission de Gackou
Mbaye qui était pour le «Non» aux réformes constitutionnelles pouvait rejoindre le front de l’opposition. Mais au-delà du Pds et de Rewmi, il a un autre contentieux avec un autre leader de cette opposition : Malick Gackou. L’ex-ministre du Commerce avait démissionné suite à un différend avec son Premier ministre sur la question du prix de la farine.

Le Quotidien