17ème Appel du 16 juin : Niasse entretient l’espoir de Macky

Après 17 ans d’existence, l’influence de l’Afp fait débat aujourd’hui. Les choix politiques opérés depuis 2012 par ce parti, notamment la décision de soutenir Macky Sall à la Présidentielle de 2019, y sont pour beaucoup. A l’occasion du 17ème anniversaire de l’Appel du 16 juin 1999, Notre confrère du journal « Le Quotidien » rappelle les péripéties qui ont jalonné l’histoire de l’Afp et s’interroge sur son avenir.

L’Alliance des forces de progrès (Afp) est-elle toujours incontournable sur la scène politique sénégalaise ? 17 ans après sa création, il est difficile aujourd’hui de mesurer l’influence du parti de Moustapha Niasse. Par une série d’actes qui ont secoué sa vie depuis la deuxième alternance, l’Afp est aujourd’hui au tournant de son histoire. Le fait marquant : son alliance avec l’Apr dans le cadre de la coalition Benno bokk yaakaar. Arrivé 3ème lors de la Présidentielle de 2012 derrière Abdoulaye Wade et Macky Sall, Moustapha Niasse a soutenu ce dernier au second tour. Cette alliance sera renforcée par la décision du Bureau politique de l’Afp de soutenir la candidature du Président Sall en 2019. Lors des Locales de 2014, l’Afp va connaître ses premiers échecs. En effet, dans la région de Kaolack, son fief historique, la plupart des mairies tombent entre les mains des Apéristes. Alliance oblige. C’est le cas dans la capitale du Saloum où Madieyna Diouf a été amené à laisser son fauteuil à la mairie de Kaolack au profit de l’Apériste Mariama Sarr. 

Gackou à Guédiawaye, Pape Sagna Mbaye à Pikine, Malick Diop au Point E…
De façon générale, Niasse a vu son hégémonie mise à rude épreuve par le parti au pouvoir qui n’a pas hésité à lui arracher les présidences des conseils municipaux et départementaux. A Dakar, Malick Gackou, numéro 2 du parti, est contraint de renoncer à ses ambitions de conquérir la mairie de Gué­diawaye pour laisser la place au frère du Président, Aliou Sall. A Pikine Pape Sagna Mbaye rechigne à défendre son bilan après son premier mandat de 2009-2014. Il est supplanté par l’actuel maire et non moins oncle du chef de l’Etat, Abdoulaye Thimbo. Au Point E, Malick Diop, porte-parole du parti, doit cohabiter avec Pape Maël Diop de l’Apr. Le premier dirige la liste majoritaire laissant à l’autre la proportionnelle. Résultats : un échec cuisant face à la liste Taxawu Dakar de Khalifa Sall. Des cas qui semblent illustrer la perte de vitesse du parti progressiste. 

Gackou et les débauchages de militants de l’Afp
Constatant que la décision du Bp revient à «vendre le parti», selon ses termes, Gackou orchestre avec ses proches une rébellion au sein des instances. Ils tentent par des sorties médiatiques de contester cette décision. Sans succès. Niasse est décidé à soutenir Macky Sall. Le Rubicon est vite franchi par les frondeurs. Le patron de l’Afp sort le bâton. En marge d’une rencontre au Terrou bi initiée par les cadres de son parti, le 22 janvier 2015, Moustapha Niasse est copieusement hué par des pro-Gackou. La division est actée. Cette fois-ci pour de bon. «L’Afp, nul ne peut la détruire. Personne ne peut entraîner sa désintégration. Moi, Moustapha Niasse, je ne cherche ni maison, ni carrière, ni véhicule. Dieu m’a aidé. J’ai signé un accord avec Macky Sall. Et je dis ici, aucun ambitieux, aucun imbécile, au­cun salopard, ne peut détruire ce qui me lie à Macky Sall», a tonné, furieux, le secrétaire général de l’Afp pour rassurer les responsables de l’Apr présents comme Aminata Touré, Augus­tin Tine, Oumar Youm, Mah­moud Saleh, Seydou Guèye, Marième Badiane… Il répondait ainsi à Malick Gackou qui soutenait que l’Afp «n’est pas un parti à vendre». 

L’Afp presque seule dans Benno siggil senegaal
Quelques mois plus tard, en mars 2015, le numéro 2 ainsi que ses proches, comme le responsable des jeunes Malick Guèye et Mamadou Goumbala, sont exclus du parti. En guise de revanche, Gackou crée sa formation politique, le Grand-parti/Suxali Sénégal. Lors de ses tournées nationales à l’intérieur du pays, il débauche des responsables de l’Afp, dont Maty Sy Diallo, ex-présidente des femmes de l’Afp. Même s’il n’a pas décimé son ancien parti, Gackou a réussi quand même à puiser dans le réservoir progressiste. Et à l’affaiblir. Même si on conteste cette thèse chez les loyalistes progressistes. De plus, la plupart des membres de Benno siggil senegaal, coalition qui avait porté Niasse en 2012,  ne sont plus actifs. La Ld, le Pit, le Rta-S ou l’Udf/Mboloo mi ont préféré créer une plateforme dénommée Confédération pour la démocratie et le socialisme, qui tente à son tour de réunir les forces de Gauche. Alors que vaut aujourd’hui l’Afp ? Son compagnonnage dans Benno bokk yaakaar ne risque-t-il pas de le perdre ? En tout cas, Macky Sall ne semble pas se suffire de cette alliance avec le parti du président de l’Assemblée nationale pour s’assurer une réélection en 2019.